Typologie des accompagnements des journalistes jeunes – version complète

Jets d'encre

Cette typologie des accompagnements des journalistes jeunes est une proposition de l’association Jets d’encre répondant à l’appel à communication du CEJEM (Centre d’études sur les jeunes et les médias) pour le colloque international « Les jeunes: acteurs des médias, participation et accompagnements » qui s’est tenu à Lyon le vendredi 11 avril 2014. Une première version, allégée, avait été publiée sur ce blog le 4 février 2014.

Une multitude d’acteurs accompagne les journalistes jeunes dans leur pratique. La différence s’effectue dans leur degré d’implication. Une rédaction de journalistes jeunes pourra notamment être accompagnée par ses pairs, par l’institution scolaire ou encore par des acteurs de l’éducation populaire.

En tant qu’acteur du monde des médias jeunes, Jets d’encre, association pour la promotion et la défense de la presse d’initiative jeune, agréée “complémentaire de l’enseignement public” peut affirmer que les journalistes jeunes ne sont pas hostiles à un accompagnement. Toutefois, ils espèrent davantage un soutien poussant au faire soi-même plutôt qu’une intervention directe.
La contribution s’articulera autour des besoins de soutien, de formation et de transmission.

Le soutien

Cette partie présente le soutien issu des personnes dites du premier cercle, soit l’environnement de publication, qui est dans la majorité des cas un établissement scolaire, un quartier ou une ville.
En prenons en compte uniquement l’environnement scolaire, nous pouvons citer différents acteurs pouvant apporter leur soutien au projet : le proviseur, le conseiller principal d’éducation (CPE), le documentaliste, un professeur ou encore un membre du Conseil de la Vie Lycéenne (instance de représentation des lycéens).

Le soutien à la création d’un média

Lorsqu’un projet germe, dans la majorité des cas, les futurs journalistes jeunes s’adressent en premier lieu à un interlocuteur au sein de l’établissement. Les documentalistes, souvent très accessibles et repérés par les élèves, semblent être les interlocuteurs privilégiés au moment de la création d’un média. Leurs missions les invitent à soutenir des projets d’éducation aux médias. Le CDI devient un repère pour les élèves qui y retrouvent des ressources et parfois des archives lorsqu’un journal a déjà existé ans l’établissement. Ils sont de plus en relation avec le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI), chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français et sont donc au fait des ressources disponibles..
L’accompagnateur a donc pour premier rôle de permettre aux élèves d’identifier le fonctionnement du lycée, de le comprendre et d’obtenir ainsi les premières clés vers la création du journal (personnes ressources, financements, accès au matériel, etc.). Enfin, le journal tire par ce biais une forme de légitimité aux yeux de tous puisqu’il est reconnu par les acteurs de la communauté éducative.

Le soutien dans la construction d’une pérennité

La pérennité du journal ne se construit pas aisément et ce du fait du renouvellement fréquent des équipes. En effet, un élève reste entre trois et cinq ans dans un même établissement scolaire entraînant un « turn over » rapide voir la fin du journal au départ de l’équipe fondatrice. L’association Jets d’encre a pu observer que la moyenne de durée vie d’un journal jeune est de deux ans.
Pour remédier à ce problème, l’accompagnateur peut endosser le rôle de “facilitateur”. N’ayant pas le même statut que les élèves, il apporte un regard extérieur et donne ainsi la possibilité d’un accompagnement organisationnel. Rappeler les engagements, les dates des réunions ou encore communiquer sur le projet vis à vis de l’équipe éducative et des autres élèves sont des tâches non intrusives et qui permettent de faciliter la coopération. L’accompagnateur peut endosser un rôle de médiateur lors de conflits internes à la rédaction ou avec la communauté éducative. Il crée l’impulsion et sans être directif, engage alors une dynamique. Le risque de voir le projet mourir une fois tous les cadres fondateurs partis est plus faible puisqu’il pousse au renouvellement. Il incarne cette pérennité à travers l’impulsion donnée aux journalistes jeunes, acteurs premier du journal. Néanmoins, il doit savoir laisser mourir un journal au départ de l’équipe, le projet restant d’abord celui des élèves.

La formation

Un soutien ponctuel

Au soutien, temporaire ou régulier, offert par les acteurs de l’environnement de publication dans le montage initial du projet, s’ajoute un soutien ponctuel de formation sur le projet journal en tant que tel. Une équipe de rédaction qui débute n’a pas forcément connaissance des bases de la création d’un journal (maquette, écriture, gestion d’équipe…) ni des droits et devoirs qui régissent la presse d’initiative jeune.
Ainsi, c’est par le biais de formations ou au cours de recherches individuelles que les journalistes jeunes se familiarisent avec le fonctionnement d’un journal. Malheureusement, il s’avère que ces connaissances ne sont acquises, par la plupart des journalistes jeunes, au moment d’un conflit interne à la rédaction ou avec l’environnement de publication. Dans ce contexte complexe, les journalistes jeunes sont alors incités à se renseigner sur leurs droits et leurs devoirs. Le manque d’information est un réel problème dans l’accompagnement des projets de journaux jeunes.

La diffusion des connaissances

L’association Jets d’encre se donne pour ambition première de diffuser les connaissances indispensables à la publication d’écrits en totale responsabilité comme les limites de la liberté d’expression, la reconnaissance des délits de presse ou encore l’identification de la censure. Elle dispose d’une offre de formation complète composée de documents disponibles gratuitement en version papier ou en ligne et d’ateliers en présentiel.
De manière idéale, les documents sont présents dans l’environnement de publication. Mis à disposition par les documentalistes, ils permettent aux journalistes jeunes d’accéder rapidement à une information fiable et non-biaisée à propos de leur pratique. De part la documentation, les journalistes jeunes accèdent aux instances qui sont susceptibles de les aider, de les accompagner et de les former.

Les formations en présentiel prennent la forme d’ateliers qui invitent les journalistes jeunes à participer et à faire part de leurs pratiques et expériences. Jets d’encre adapte son accompagnement à chaque public. Lors de l’université d’été de l’association, les journalistes jeunes choisissent leur atelier en fonction de leur connaissance de l’association et de l’univers du journalisme jeune. Dans l’année, des journées de formation sont proposées sur tout le territoire à destination des journalistes jeunes mais également de leurs accompagnateurs, et ce dans n’importe quel cadre. Outre l’assimilation de connaissances, ces formations permettent à la communauté des journalistes jeunes de se rencontrer et d’échanger sur leurs pratiques.

La transmission

Le sentiment d’appartenance à la communauté des journalistes jeunes n’est pas systématique. Certains journalistes jeunes se sentent très rapidement appartenir à un mouvement, assurant ainsi une cohésion et souvent la pérennisation du journal, d’autres construisent leur média sans forcément faire appel à l’extérieur et découvrir leur pendant. Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce sentiment d’appartenance, non partagé par tous. Tout d’abord, les acteurs de la presse jeune facilitent la mise en réseau des journalistes jeunes et œuvrent pour qu’une communauté active existe. En effet, il est rare que les équipes de rédactions se rencontrent spontanément, notamment du fait de l’absence de communication extérieure à l’établissement et donc un manque de connaissance sur l’existence de projets similaires dans le lycée voisin.

Les “Rézos” Ile-de-France et Rhône-Alpes, initiés par Jets d’encre, permettent aux journalistes jeunes de se rencontrer tous les mois et de participer à des projets de plus grande envergure, tels que des journaux inter-rédaction ou des visites de médias professionnels. A l’échelle nationale, le festival Expresso permet à 300 journalistes jeunes de réaliser un journal en 15 heures, d’échanger et de découvrir leurs pratiques respectives.

La transmission des savoirs est bien présente dans la communauté des journalistes jeunes. Elle se fait selon le schéma vertical classique : les “anciens” journalistes jeunes transmettent leurs expériences et leurs pratiques aux plus jeunes mais aussi selon un schéma horizontal. Chaque rédaction accompagne et est accompagnée par ses pairs du fait de rencontres, de dialogue et d’échanges de bonnes pratiques.

Pour conclure

L’accompagnement proposé aux journalistes jeunes est issu d’acteurs appartenant à différents cercles. Dans un premier temps, l’accompagnement prend la forme d’un soutien, issu de l’environnement de publication. Le second cercle intègre les instances qui promeuvent et défendent la presse d’initiative jeune. Celles-ci proposent des documents et des formations qui permettent de se former à la pratique du média jeune et à la déontologie qui l’entoure. Ces formations qui offrent un contenu adapté et qualitatif, permettent aussi aux journalistes jeunes de se retrouver. Ainsi, ils se transmettent de manière plus informelle leurs pratiques et leurs expériences.

Toutefois, deux problèmes limitent un accompagnement complet et adapté pour toutes les équipes de rédactions : le manque de visibilité des instances existantes entraînant une forte méconnaissance des outils et ressources à disposition des journalistes jeunes et la difficulté de mise en réseau de la communauté.

Marie Laroche et Jérémie Poiroux

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